Collection Marcel

Sous la direction d’Annie Rioux

La collection Marcel entend donner un espace aux dialogues entre des auteurs et d’autres créateurs, où la littérature se confronte aux autres formes d’art, à une époque où la profondeur des liens rivalise avec l’attrait de l’éphémère et du frelaté. Elle est dédiée à ces engagements nés de rencontres circonstancielles ou à ces liens intimes qui se tissent entre des créateurs tout au long de leur vie, innervant leur pratique de l’intérieur, parfois de façon totalement surprenante.

Que l’on prenne pour modèle Aragon et ses portraits démultipliés d’Henri Matisse ; que l’on pense bien sûr au rapport que Roland Barthes entretenait avec toute iconographie, la photographie au premier plan ; que l’on se remémore les essais de Susan Sontag ; que l’on pense encore à Jean Genet et à sa fascination pour les corps de sculpture de Giacometti ; à Claude Simon devant les toiles de Cézanne, etc. Ce qui nous intéresse est de voir comment les écrivains de notre époque se saisissent d’un certain décloisonnement contemporain entre les langages, se révèlent (aussi) à travers lui. Sous ce rapport, l’œuvre se double d’une dimension critique : l’expérience de celui qui écrit se construit à partir du sens qui émane de ce transfert entre lui et l’œuvre d’un tiers ; la fonction de l’écrivain est aussi d’interpréter cette œuvre, de l’habiter.

S’il est aujourd’hui plus courant, dans nos discours quotidiens, de faire dialoguer les formes d’art entre elles, il est en revanche moins de lieux qui exposent, par le livre, ce type d’échanges uniques. Les œuvres accueillies tenteront d’éclairer cette zone dans laquelle s’engagent deux paroles et des langages distincts, étant admis que le décloisonnement dont nous parlons ne passe plus nécessairement par un débat sur la représentativité de l’art, mais aussi par le concept ou l’idée, qui se confronte, idéalement, à l’altérité et bouscule les catégories usuelles, instituées de l’art, tel que l’entendait Marcel Duchamp. D’où, en clin d’œil, le titre de cette collection, qui s’ouvre aussi à la musique ou au son, à l’installation, à la vidéo, au cinéma ou encore à la danse. Elle pourra aussi être l’occasion d’un dialogue entre deux écrivains, si l’œuvre propose ce même lien d’influence, qu’il soit à sens unique ou réciproque, qu’il résulte d’une admiration, d’une contagion ou qu’il se noue dans un effet de repoussoir.

Il n’y a pas si longtemps, Claude Simon affirmait que « l’aventure de l’écriture est comme la peinture moderne », défendant par là un certain rapport à la perception dont pouvait, à sa manière, se charger l’écriture… Or l’aventure, ou plutôt l’une des aventures les plus singulières des écritures contemporaines se situerait peut-être au croisement des arts dans lesquels se projette plus que jamais la littérature depuis quelques années ; qu’elle soit dégagée du principal souci qu’on lui incombe de raconter une histoire à la charpente convenue, qu’elle soit par ailleurs davantage consciente du potentiel de ses interactions avec d’autres formes, même celles qu’il nous reste à inventer, aussi bien que de ses failles à les dire, voilà qui nous rapproche de la fiction comme à la valeur de ce que Bataille appelait l’expérience.

Plusieurs titres de la collection sont en préparation et à paraître prochainement.

*

Les auteurs désirant soumettre un projet dans cette collection – dans les strictes modalités rappelées plus haut ainsi que sur le modèle des titres déjà publiés – peuvent le faire en contactant Annie Rioux sur notre page contact.